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XIXe–XXe siècle · 5 périodes · Programme ENS 2026-2027
5 périodes
100
dates clés
| Date | Événement | Pourquoi c'est incontournable |
|---|---|---|
| 2 sept. 1870 | Défaite de Sedan, capitulation de Napoléon III | La chute du Second Empire ouvre le vide institutionnel d'où naît la République deux jours plus tard : une IIIe République enfantée par la défaite militaire, non par une révolution |
| 4 sept. 1870 | Proclamation de la IIIe République | Naît dans la défaite à Sedan — une république sans républicains, provisoire qui durera 70 ans |
| 18 mars – 28 mai 1871 | Commune de Paris | Premier grand traumatisme social du régime : 10 000 à 20 000 morts, fracture gauche/droite durable, mythe ouvrier européen (Marx, La Guerre civile en France) |
| 18 janv. 1871 | Proclamation de l'Empire allemand à Versailles | L'humiliation fondatrice : Bismarck proclame le Reich dans la galerie des Glaces. La « revanche » devient le fil rouge de la IIIe République, jusqu'en 1914 (Becker, Le Bourgeois de Paris) |
| 10 mai 1871 | Traité de Francfort | Cession de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, indemnité de 5 milliards de francs-or : la « plaie ouverte » qui structure la politique extérieure française pendant 44 ans |
| 30 janv. 1875 | Amendement Wallon | La République adoptée à une voix de majorité (353 contre 352) — date qui illustre la fragilité fondatrice du régime |
| 16 mai 1877 | Crise de Mac-Mahon | Fixe la lecture parlementaire de la Ve pendant 80 ans : le président soumet ou se démet |
| Jan. 1879 | Démission de Mac-Mahon, Jules Grévy président | Victoire définitive des républicains : le Sénat basculant à gauche, Mac-Mahon choisit de partir. Début de la « République des républicains » — le régime change de nature sans changer de constitution |
| 1881–1882 | Lois Ferry | École laïque, gratuite, obligatoire — la matrice culturelle de la République ; « les hussards noirs » de Péguy ; outil central de la construction identitaire nationale (Nora, Les Lieux de mémoire) |
| 1884 | Loi Waldeck-Rousseau (légalisation des syndicats) | Reconnaissance du fait syndical : met fin au délit de coalition hérité de la loi Le Chapelier (1791). Fondement juridique du mouvement ouvrier français, prélude à la CGT de 1895 |
| 1886–1889 | Mouvement boulangiste | Première crise de régime sous la IIIe : le général revanchiste catalyse nationalisme, bonapartisme et mécontentement populaire. Zeev Sternhell y voit une matrice du fascisme français |
| 13 janv. 1898 | « J'accuse » de Zola (L'Aurore) | Acmé de l'Affaire Dreyfus : cristallise le clivage dreyfusards/antidreyfusards et invente le rôle de l'intellectuel en politique (Winock, Le Siècle des intellectuels) |
| 1895 | Fondation de la CGT (Confédération générale du travail) | Consécration du syndicalisme révolutionnaire ; la Charte d'Amiens (1906) affirmera l'indépendance syndicale vis-à-vis des partis — modèle qui structure encore le paysage social français |
| 9 déc. 1905 | Loi de Séparation de l'Église et de l'État | Aboutissement de 30 ans de combat républicain, socle identitaire irréductible de la laïcité française ; Baubérot en retrace les trois seuils de laïcisation |
| 1899 | Gouvernement de défense républicaine (Waldeck-Rousseau) | Réponse à la crise dreyfusarde : premier gouvernement d'union républicaine incluant un socialiste (Millerand). Pose la question du « ministérialisme » et de la participation socialiste au pouvoir bourgeois |
| 1901 | Loi sur les associations | Pierre angulaire de la liberté associative en France : consacre la société civile contre l'État et les congrégations. Outil concurrent du combat laïc dirigé contre les congrégations enseignantes |
| 1902 | Victoire du Bloc des gauches — gouvernement Combes | Apogée de la politique anticléricale : fermeture des écoles congréganistes, expulsion des jésuites. Radicalise la séparation future de 1905 et aggrave la fracture clérical/anticlérical |
| 28 juin 1914 | Assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo | Déclencheur de la crise de juillet ; mécanisme des alliances en 37 jours — « les somnambules » (Clark) : responsabilité diffuse de toutes les puissances |
| 31 juil. 1914 | Assassinat de Jean Jaurès à Paris | Le socialisme internationaliste décapité à la veille de la guerre : disparaît l'unique voix susceptible de faire obstacle à l'Union sacrée. Symbole du sacrifice de l'idéal pacifiste à la mobilisation nationale |
| 1er août 1914 | Mobilisation générale / Union sacrée | La France entre en guerre dans la résignation patriotique (Becker) ; suspension de la lutte des classes, intégration des socialistes — débat Becker vs Audouin-Rouzeau sur le consentement des soldats |
| Date | Événement | Pourquoi c'est incontournable |
|---|---|---|
| Août 1914 | Vote des crédits de guerre par les socialistes (SFIO) | Capitulation de l'Internationale socialiste face aux nationalismes : Jaurès mort, la SFIO vote avec le gouvernement. Becker montre que c'est la résignation patriotique, non l'enthousiasme, qui domine |
| 1915–1916 | Génocide arménien | Premier génocide du XXe siècle perpétré par les Jeunes-Turcs : 600 000 à 1,5 million de morts. Tanner Akçam a établi la préméditation étatique ; la reconnaissance française date de 2001, la catégorie juridique de 1948 |
| Fév.–déc. 1916 | Bataille de Verdun | Symbole de la guerre d'usure et de la « culture de guerre » (Audouin-Rouzeau) : 700 000 victimes en 10 mois ; le débat historiographique oppose les tenants du consentement (Audouin-Rouzeau, Becker) aux partisans de la contrainte (Offenstadt) |
| Printemps 1917 | Mutineries françaises (54 divisions) | Crise du consentement ; montre que la « culture de guerre » a des limites — débat Prost vs Audouin-Rouzeau sur le sens des mutineries : refus de l'offensive ou de la guerre elle-même ? |
| 6 avr. 1917 | Entrée en guerre des États-Unis | Renversement stratégique décisif : le poids économique et militaire américain fait basculer la guerre. Wilson apporte ses 14 points et un ordre mondial libéral qui structurera la paix de 1919 |
| Nov. 1917 | Révolution bolchevique (Octobre rouge) | Lénine, la paix immédiate, Brest-Litovsk : change la nature idéologique du conflit et de l'après-guerre. La menace révolutionnaire deviendra le combustible des fascismes européens |
| 11 nov. 1918 | Armistice de Rethondes | Fin des combats ; 10 millions de soldats tués, rupture civilisationnelle, l'Europe libérale du XIXe est morte. Le « coup de poignard dans le dos » (Dolchstoßlegende) forgera la propagande nazie |
| 28 juin 1919 | Traité de Versailles | « Dictée » ou paix équitable ? L'article 231 (responsabilité allemande) nourrit le ressentiment qui alimentera les fascismes ; Keynes (Les Conséquences économiques de la paix) prédit le désastre dès 1919 |
| Juil. 1919 | Traité de Saint-Germain-en-Laye | Démantèlement de l'Autriche-Hongrie : naissance de l'Autriche, de la Tchécoslovaquie, extension de la Yougoslavie. L'Anschluss devient interdit — interdiction que Hitler violera en 1938 |
| Déc. 1920 | Congrès de Tours — scission SFIO/PCF | La SFIO se coupe en deux : majorité rallie la IIIe Internationale (futur PCF), minorité reste (Blum : « Nous sommes les gardiens de la vieille maison »). Fracture structurante de la gauche française pour 70 ans |
| 1922 | Marche sur Rome | Modèle du coup d'État consenti : le roi refuse l'état de siège — le fascisme prend le pouvoir par la menace et la complicité des élites conservatrices (De Felice, Biographie de Mussolini) |
| 1924 | Cartel des gauches (gouvernement Herriot) | Victoire électorale radicale-socialiste qui bute sur le « mur d'argent » : Herriot renversé par les milieux financiers hostile à sa politique fiscale. Préfigure les contradictions du Front populaire |
| 30 janv. 1933 | Hitler nommé chancelier | La Machtergreifung : Hindenburg croit « encadrer » Hitler ; début de la destruction légale de la République de Weimar. Débat sur le poids respectif de la crise économique, du traumatisme de 1918 et de l'antisémitisme |
| 24 oct. 1929 | Jeudi noir de Wall Street | Début de la Grande Dépression : krach boursier qui se propage à l'Europe via le retrait des capitaux américains. Galbraith (La Crise de 1929) et Kindleberger montrent comment la déflation nourrit les extrémismes |
| 6 fév. 1934 | Émeutes des ligues à Paris | La droite nationaliste prend d'assaut le Palais-Bourbon : tentative de coup d'État ou journée de colère ? Réplique unitaire du 12 février (première grève générale antifasciste) et genèse du Front populaire |
| Juil.–août 1936 | Gouvernement du Front populaire (Blum) — accords Matignon | Congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives : révolution sociale partielle. Paxton souligne que la grève insurrectionnelle force les accords ; Blum parle de « la peur du peuple » |
| Sept. 1938 | Accords de Munich | Chamberlain et Daladier cèdent les Sudètes à Hitler : l'« apaisement » sacrifie la Tchécoslovaquie pour la paix. Churchill : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur. » |
| 23 août 1939 | Pacte germano-soviétique | Neutralise l'URSS ; libère Hitler pour attaquer à l'ouest — stupéfaction mondiale, effondrement du discours antifasciste soviétique. Signe la mort de l'antifascisme comme front commun |
| Sept. 1935 | Lois de Nuremberg | Racisme d'État inscrit dans la loi : déchéance de citoyenneté juive, interdiction des mariages mixtes — seuil qualitatif dans la radicalisation nazie (Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe) |
| 9 nov. 1938 | Kristallnacht | Premier pogrom organisé par l'État nazi : 91 morts officiels, 30 000 déportés, 7 000 commerces détruits. Bascule du racisme légal vers la violence de masse — préfigure la « solution finale » |
| Date | Événement | Pourquoi c'est incontournable |
|---|---|---|
| 1er sept. 1939 | Invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie | Début de la Seconde Guerre mondiale : la garantie franco-britannique à la Pologne est activée. La drôle de guerre (sept. 1939–mai 1940) révèle les faiblesses stratégiques et morales des démocraties |
| 22 juin 1940 | Armistice franco-allemand | Effondrement de la IIIe République en 6 semaines ; rupture de l'alliance franco-britannique ; début de l'Occupation. Paxton (La France de Vichy) renverse le mythe d'une collaboration imposée : elle fut choisie |
| 18 juin 1940 | Appel du Général de Gaulle depuis Londres (BBC) | L'acte fondateur de la France Libre : de Gaulle, inconnu, nie la défaite et revendique la légitimité nationale. Rousso rappelle que l'appel est peu entendu en direct ; le mythe se construit après |
| 10 juil. 1940 | Vote des pleins pouvoirs à Pétain par l'Assemblée nationale | 569 voix pour, 80 contre (les 80 du refus) : la IIIe République se suicide par vote légal. Débat sur la légitimité du régime de Vichy et la validité constitutionnelle de l'acte — fondement du procès Pétain de 1945 |
| 24 oct. 1940 | Entrevue de Montoire (poignée de main Pétain-Hitler) | Pétain engage la France dans la voie de la collaboration d'État : « Je m'engage dans la voie de la collaboration ». Paxton montre que Vichy prend des initiatives sans être contraint, notamment dans la persécution des Juifs |
| 20 janv. 1942 | Conférence de Wannsee | Coordination bureaucratique de la « solution finale » : planification du sort de 11 millions de Juifs d'Europe. Hilberg souligne la banalité administrative du génocide (Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem) |
| 16–17 juil. 1942 | Rafle du Vél' d'Hiv' | 13 152 personnes arrêtées par la police française : illustration centrale de la thèse de Paxton sur la collaboration comme initiative française. Chirac reconnaîtra la responsabilité de l'État français en 1995 |
| Fév. 1943 | Capitulation de Stalingrad | Tournant symbolique décisif : la VIe armée encerclée capitule, 300 000 Allemands perdus. L'Allemagne nazie ne gagnera plus ; le mythe de l'invincibilité nazie s'effondre devant l'Europe occupée |
| 27 mai 1943 | Création du Conseil National de la Résistance (CNR) par Jean Moulin | Unification politique de la Résistance intérieure sous l'autorité de De Gaulle : synthèse historique entre mouvements et partis, de la droite gaulliste aux communistes. Le programme du CNR (mars 1944) est un projet de société |
| 6 juin 1944 | Débarquement en Normandie (D-Day) | Ouverture du second front occidental ; l'Allemagne prise en tenaille entre les Alliés à l'ouest et l'Armée rouge à l'est. De Gaulle s'impose face à Roosevelt qui voulait un gouvernement militaire allié (AMGOT) |
| 21 avr. 1944 | Ordonnance accordant le droit de vote aux femmes | La République en exil répare un oubli vieux de 155 ans : les femmes voteront pour la première fois en avril 1945. La France, pionnière du suffrage universel masculin (1848), avait été l'une des dernières démocraties à exclure les femmes |
| 25 août 1944 | Libération de Paris | De Gaulle entre dans Paris : restauration de la légitimité républicaine, continuité de l'État contre toute tentation de gouvernement américain (AMGOT). Le discours de l'Hôtel de Ville construit le mythe d'une France « libérée par elle-même » |
| 8 mai 1945 | Capitulation de l'Allemagne | Fin de la guerre en Europe ; procès de Nuremberg fondent les notions de crime contre la paix et crime contre l'humanité — révolution juridique qui donne naissance au droit international pénal |
| 6–9 août 1945 | Bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki | Capitulation japonaise ; entrée dans l'ère nucléaire qui structurera la Guerre froide et l'équilibre de la terreur (Aron, Le Grand Débat). La bombe redéfinit la nature même de la guerre |
| 8 mai 1945 | Massacres de Sétif et Guelma (Algérie) | Le jour de la victoire sur le nazisme, l'armée française réprime une insurrection nationaliste algérienne : 1 500 à 45 000 morts selon les sources. Symbole de la contradiction coloniale que Ferhat Abbas et Messali Hadj avaient dénoncée |
| Date | Événement | Pourquoi c'est incontournable |
|---|---|---|
| Fév. 1945 | Conférence de Yalta | Partage implicite des zones d'influence entre Roosevelt, Churchill et Staline — fondation de l'ordre bipolaire, même si Yalta ne le formalise pas (Duroselle : mythe du « partage de Yalta ») |
| 25–26 juin 1945 | Conférence de San Francisco — création de l'ONU | 51 États fondateurs signent la Charte : système de sécurité collective avec Conseil de sécurité et droit de veto. La France obtient un siège permanent — légitimation de sa puissance retrouvée grâce à de Gaulle |
| 13 oct. 1946 | Adoption de la Constitution de la IVe République | Régime d'assemblée, proportionnelle intégrale : le vice d'origine qui produit 24 gouvernements en 12 ans. Le préambule inclut cependant des droits fondamentaux (égalité hommes-femmes, droit au travail) toujours en vigueur |
| Mars 1947 | Doctrine Truman | Formalisation de la politique d'endiguement (containment) : rupture définitive de la Grande Alliance, début officiel de la guerre froide idéologique. Kennan (télégramme Long) avait théorisé la stratégie |
| Juin 1947 | Plan Marshall | Renaissance de l'Europe occidentale + intégration dans la sphère américaine ; refus soviétique matérialise la ligne de fracture. 13 milliards de dollars sur 4 ans — Milward (The European Rescue of the Nation-State) en réévalue l'impact |
| Juin 1948 | Blocus de Berlin | Premier affrontement direct de la Guerre froide : Staline bloque l'accès terrestre à Berlin-Ouest, les Occidentaux ripostent par le pont aérien. 11 mois de tension, précédent du mur de 1961 |
| Avr. 1949 | Création de l'OTAN | Alliance militaire atlantique contre la menace soviétique : rupture avec l'isolationnisme américain. La France en sera membre fondateur puis s'en retirera partiellement en 1966 (commandement intégré) |
| Oct. 1949 | Proclamation de la République populaire de Chine (Mao Zedong) | La Chine bascule dans le camp communiste : choc géopolitique majeur. McCarthysme aux États-Unis, peur du « domino » asiatique, qui conduira à la guerre de Corée |
| 18 avr. 1951 | Traité de Paris — CECA | Schuman et Monnet : première institution supranationale européenne, rend la guerre franco-allemande « matériellement impossible ». Naissance de la méthode communautaire par intégration sectorielle |
| 1950–1953 | Guerre de Corée | Premier conflit chaud de la Guerre froide sous mandat ONU : 36 000 morts américains, armistice sans traité de paix. Armistice de Panmunjom (1953) : frontière au 38e parallèle, statu quo durable jusqu'à aujourd'hui |
| 7 mai 1954 | Chute de Diên Biên Phu | Première défaite militaire d'une armée coloniale européenne en rase campagne : choc traumatique pour l'armée française. Pierre Mendès France négocie les accords de Genève, la France quitte l'Indochine |
| Avr. 1955 | Conférence de Bandung | 29 pays d'Asie et d'Afrique proclament le non-alignement : naissance du tiers-mondisme comme projet politique alternatif aux deux blocs. Saunier et Cooper montrent l'émergence d'une solidarité Sud-Sud |
| 1er nov. 1954 | Toussaint rouge — début de la guerre d'Algérie | 70 attentats du FLN déclenchent la guerre : Mitterrand, ministre de l'Intérieur, répond « L'Algérie, c'est la France ». La guerre, longtemps euphémisée en « événements », sera reconnue officiellement en 1999 |
| 25 mars 1957 | Traité de Rome — CEE et Euratom | La IVe crée la CEE et Euratom : le legs européen d'un régime politiquement instable mais visionnaire. Six États fondateurs, marché commun et politique agricole commune qui deviendront le cœur de l'UE |
| Mars 1956 | Indépendances du Maroc et de la Tunisie | Mendès France, puis Faure négocient deux sorties rapides pour concentrer les forces sur l'Algérie. L'asymétrie de traitement entre Maroc, Tunisie et Algérie révèle la spécificité du peuplement colon algérien |
| Nov. 1956 | Crise de Suez et insurrection hongroise | Double crise simultanée : l'URSS écrase Budapest (3 000 morts), les Occidentaux sont divisés sur Suez. Les États-Unis forcent le retrait franco-britannique : fin des ambitions coloniales indépendantes de l'Europe |
| 18 mars 1962 | Accords d'Évian | Indépendance algérienne après 8 ans de guerre ; 1 million de pieds-noirs rapatriés, harkis abandonnés — trauma mémoriel français durable. Stora (La Gangrène et l'Oubli) analyse le « syndrome algérien » |
| Oct. 1962 | Crise des missiles de Cuba | 13 jours au bord de la guerre nucléaire ; résolution par négociation secrète Kennedy-Khrouchtchev : naissance de la « retenue mutuelle ». Ligne directe Moscou-Washington installée en 1963 |
| 13 mai 1958 | Putsch d'Alger — retour de De Gaulle au pouvoir | Les généraux d'Algérie renversent la IVe République : Pflimlin ne peut gouverner, les partis appellent de Gaulle. La transition est constitutionnelle en apparence, mais la République est morte sous la menace militaire |
| 28 sept. 1958 | Référendum constitutionnel — Ve République | 79,25 % de oui : refondation institutionnelle avec prééminence de l'exécutif. Duverger parle de « monarchie républicaine » ; la IVe se suicide par vote légal comme la IIIe en 1940 |
| Date | Événement | Pourquoi c'est incontournable |
|---|---|---|
| 1960 | Année de l'Afrique — 17 indépendances | La décolonisation s'accélère : 17 États africains accèdent à l'indépendance en une seule année. La France maintient une sphère d'influence via la Françafrique (Verschave) — néocolonialisme discret mais structurant |
| Oct. 1962 | Référendum sur l'élection présidentielle au suffrage universel direct | Tournant présidentialiste décisif : De Gaulle court-circuite le Parlement par l'article 11. Le Conseil d'État juge la procédure inconstitutionnelle, mais le oui l'emporte — impose la bipolarisation de la Ve |
| Août 1961 | Construction du mur de Berlin | Le mur matérialise la division de l'Europe : 155 km de béton pour arrêter l'exode des Allemands de l'Est (3 millions depuis 1949). Symbole de la Guerre froide jusqu'à sa chute en novembre 1989 |
| Janv. 1963 | Traité de l'Élysée (réconciliation franco-allemande) | De Gaulle et Adenauer scellent la réconciliation : consultations régulières, échanges de jeunesse (OFAJ). Pierre pilier de la construction européenne ; Védrine voit dans ce couple le « moteur » de l'intégration |
| Nov. 1963 | Assassinat de John F. Kennedy à Dallas | Traumatisme mondial et américain ; fin du mythe Camelot. Les théories du complot naissantes illustrent comment les sociétés contemporaines traitent les ruptures politiques violentes (Hofstadter, La Mentalité paranoïaque) |
| 1964 | Reconnaissance diplomatique de la Chine populaire par la France | De Gaulle rompt avec l'alignement atlantiste en reconnaissant Pékin, contre l'avis des États-Unis. Illustration de la politique d'indépendance nationale : la France veut parler à tous les acteurs du monde bipolaire |
| 7 mars 1966 | Retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN | Apogée de la doctrine gaullienne d'indépendance nationale : « la dissuasion n'est crédible que si elle est nationale ». Les bases américaines quittent la France ; l'OTAN déménage à Bruxelles |
| Mai–juin 1968 | Crise de Mai 68 : 10 millions de grévistes | Révélateur des fractures d'une société modernisée à marche forcée ; révolution des mœurs durable même si échec politique immédiat. Touraine (Le Mouvement de Mai) : mouvement post-industriel, non prolétarien |
| Juil. 1969 | Démission de De Gaulle après le référendum perdu | L'homme du 18 juin part sans bruit : battu sur un référendum de régionalisation/sénat à 53 % de non. Apprend que l'hyper-présidentialisation a ses limites et que la France a changé depuis 1944 |
| 1972 | Programme commun de la gauche (PS-PCF) | Union de la gauche sur un programme de nationalisation et de réformes : Mitterrand stratège, PS en pleine reconstruction depuis Épinay (1971). L'échec de 1974 puis la rupture de 1977 révèlent les tensions internes |
| Oct. 1973 | 1er choc pétrolier | L'OPEP quadruple le prix du brut après la guerre de Kippour : fin des Trente Glorieuses. Rifkin voit là le pivot d'une société de la rareté ; le choc révèle la dépendance énergétique des économies occidentales |
| Mai 1974 | Mort de Pompidou, élection de Valéry Giscard d'Estaing | La droite se renouvelle : Giscard (48,38 %) bat Mitterrand de peu. Début d'une modernisation libérale et sociétale (majorité à 18 ans, divorce par consentement, IVG) qui bouscule la droite traditionnelle gaulliste |
| Jan. 1975 | Loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) | Réforme sociétale emblématique : Simone Veil affronte les résistances de sa propre majorité dans un discours resté dans l'histoire. Giscard modernise la société civile contre le courant dominant de la droite |
| 1979 | 2e choc pétrolier (révolution iranienne) | La chute du Chah et la révolution islamique déstabilisent le marché pétrolier : prix triplent. Second choc qui achève de détruire la croissance des Trente Glorieuses et balaie les illusions de la relance de 1981 |
| 10 mai 1981 | Élection de François Mitterrand (51,7 %) | Première alternance de la Ve République : une vague rose qui bouleverse 23 ans de domination de droite. Nationalisations, retraite à 60 ans, 5e semaine de congés — puis le tournant de la rigueur 2 ans plus tard |
| Mars 1983 | Tournant de la rigueur | Abandon de la relance keynésienne pour rester dans le Système monétaire européen : fin de l'idée socialiste de « gérer le capitalisme autrement ». Lipietz (Choisir l'Audace) dénonce la conversion au libéralisme par défaut |
| Mars 1986 | Première cohabitation (Chirac PM, Mitterrand président) | Test institutionnel inédit sous la Ve : la dyarchie de l'exécutif fonctionne. Mitterrand apparaît comme « l'arbitre » et sort renforcé ; la cohabitation devient un des usages constitutionnels de la Ve |
| Nov. 1989 | Chute du mur de Berlin | Effondrement du bloc soviétique en direct télévisé : fin de la Guerre froide. Fukuyama proclame la « fin de l'Histoire » ; Huntington prédit au contraire le choc des civilisations. La France de Mitterrand hésite face à la réunification allemande |
| 3 oct. 1990 | Réunification allemande | L'Allemagne retrouve son unité en moins d'un an : Kohl saisit l'occasion historique. Mitterrand arrache en contrepartie l'accélération de l'union monétaire (traité de Maastricht) — accord fondateur de la zone euro |
| 7 fév. 1992 | Traité de Maastricht | Approuvé à 51,04 % seulement au référendum français de septembre 1992 : révèle la profondeur du malaise européen et le clivage souverainiste qui traverse tous les partis. Monnaie unique, citoyenneté européenne, PESC |
| Déc. 1994 | Inauguration du tunnel sous la Manche | Infrastructure symbole de l'intégration européenne : lie physiquement la Grande-Bretagne au continent pour la première fois depuis l'ère glaciaire. Coût doublé, retards, mais défi technique réussi — vitrine de la coopération franco-britannique |
| 7 mai 1995 | Élection de Jacques Chirac sur la « fracture sociale » | La « fracture sociale » (Touraine) s'impose comme concept politique majeur : Chirac bat Jospin (52,6 %). La gauche paie sa conversion libérale de 1983 ; Chirac ne tiendra pas sa promesse sociale |
| Oct. 1985 | Affaire du Rainbow Warrior (révélation du rôle de la DGSE) | Les services secrets français coulent le navire de Greenpeace en rade d'Auckland : un mort. Scandale d'État qui révèle les tensions entre raison d'État et droit international ; la France paie une indemnité record à la Nouvelle-Zélande |
| Jan. 1991 | Guerre du Golfe — opération Tempête du Désert | La France participe à la coalition internationale contre l'Irak de Saddam Hussein : 12 000 soldats. Premier grand engagement militaire post-Guerre froide qui redéfinit le rôle de l'ONU et des alliances occidentales |
| Avr.–juil. 1994 | Génocide du Rwanda | 800 000 Tutsis massacrés en 100 jours pendant que la communauté internationale observe. La responsabilité française (opération Turquoise, soutien au régime hutu) fait l'objet d'un débat historiographique et judiciaire toujours ouvert |
Le palais mémoriel
Associez chaque date à un lieu précis de votre vie quotidienne. En vous promenant mentalement, vous retrouverez les dates dans l'ordre.
L'ancrage par le « pourquoi »
Ne mémorisez jamais une date isolée — mémorisez toujours le couple date + enjeu. La colonne « Pourquoi » est le cœur du document.
La révision en spirale
Cachez la colonne « Événement » puis la colonne « Date » alternativement. La deuxième direction est la plus utile à l'oral.
Les clusters thématiques
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